Les parfums En Egypte
Le culte des parfums, si je peux m’exprimer ainsi, semble avoir toujours existé aussi loin que nous essayions de scruter le passé.
Je crois volontiers que l’Eden, dont nous ignorons les essences florales, recélait plus d’arômes encore que nous n’en respirons actuellement et que notre première aïeule, l’arrière-grand’mère de toutes nos grand’mères, Eve, la pécheresse, reçut la suggestion de se farder, de cette même pomme odorante et purpuracée que lui offrit le serpent tentateur.
J’ai dit, dans la première partie de cette étude, que jamais, peut-être, l’amour des parfums n’alla aussi loin que dans l’antique civilisation d’Egypte, en cette vallée du Nil où régnèrent les Pharaons, et, principalement, sous la dynastie des Ramsès.
J’ai « vaporisé » (pour me servir d’un mot convenant au texte développé), quelques détails concernant les arts subtils imaginés alors.
Il me reste à dire un mot de la Science de la Cosmétique en Egypte, science qui est inséparable de celle des parfums.
D’après l’auteur du Livre d’Enoch dans l’Ancien Testament, ce serait l’ange Azaliel qui aurait appris aux filles des hommes l’art de se rougir le visage, déchaînant ainsi l’amour sur la terre par ce fait que les anges, ses frères, à la vue de vierges plus roses que l’aurore, s’enflammèrent pour elles jusqu’à les épouser et que, de cette alliance du génie et de la beauté, relevée par l’artifice, naquit cette race illustre que l’Ecriture désigna comme celle des forts et des puissants.
La réputation des Egyptiens dans cette science du décor humain fut si grande qu’elle fut portée au-delà des mers et les Impératrices romaines faisaient acheter, chez les prêtres du temple d’Isis, les mystérieux secrets du « Cosmetikon » qui révélaient les procédés aptes à donner au visage l’éclat de l’or et de l’ivoire.
En Egypte, rois, reines, femmes, guerriers, savants, prêtres et sacrificateurs, bœufs, chats, statues de déesses et simples momies, tout s’ornait de couleurs vives, se revêtait de décorations symboliques, où l’or se mariait aux carmins, aux verts profonds, aux bleus indigo ou aux pourpres violentes. Sous les Sésostris et les Ptolémées, ces maquillages étaient si ardents qu’ils ont résisté aux ravages des siècles.
Les peintures monumentales dessinées sur les parois des caveaux funéraires, des temples et des monuments historiques nous démontrent l’art avec lequel les femmes de l’ancienne Egypte savaient se maquiller et se rendre plus jolies, de sorte qu’une patricienne du temps des Pharaons est souvent représentée se baignant, au sortir du sommeil, dans de l’eau parfumée avec les essences les plus rares. Après ses ablutions, nous la voyons, accroupie sur une natte, se mettre dans les mains de ses femmes, qui lui versent, soit sur la tête, une lotion capillaire contenue dans une aiguière très richement ornementée, soit, sur le corps, des huiles aromatiques ou des onguents parfumés, dont elles l’enduisent pour le massage. Une troisième femme tend les articles de toilette, tandis qu’une quatrième confectionne des guirlandes de fleurs.
Puis, venait le travail de la peinture ; on traçait, à l’aide d’un collyre, un cercle noir autour des yeux ; on mettait du rouge pour les joues, du blanc pour les tons bistrés, du bleu, pour dessiner les veines, du carmin pour les lèvres, du henné pour la paume des mains.
La chevelure prenait aussi un temps infini, car Dioscoride nous apprend qu’elles utilisaient du henné pour en changer la couleur ; celles de la XVIIIº dynastie employaient de la poudre de Carthame.
Cheveux bleus ou dorés, cils verts, doigts dorés, joues roses, telles sont les femmes égyptiennes que les peintures des stèles nous ont conservées.
Elles utilisaient aussi pour faire leurs cils et pour prolonger la longueur de la forme de leurs yeux, du kohol ou koheul, puis elles décoraient parfois leur figure d’une étoile (nous dirions aujourd’hui : d’un grain de beauté), placée soit au menton, soit au front, ou bien elles se verdissaient les cils et sourcils à l’aide du collyre vert. Lorsque leurs cheveux étaient trop secs, elles prenaient pour les assouplir l’Abia, pommade spéciale, dont les textes ne nous ont pas conservé le secret
Pendant la toilette de la maîtresse, des esclaves, chargées spécialement de cet office, brûlaient, dans des cassolettes, des aromates spéciaux préparés à cet effet.
Longtemps, la vente de ces parfums composés par les prêtres ne fut pas permise, mais peu à peu ces derniers autorisèrent leurs chimistes (si je peux leur donner ce nom) à préparer des articles de parfumerie, qu’on utilisa même dans les banquets.
Les convives, en arrivant, recevaient les parfums que des esclaves leur présentaient, et ornaient leur tête de couronnes de fleurs et de crocus, de lotus, de roses, etc. puis, ils aimaient à respirer, entre les mets, les vapeurs des aromates que l’on faisait brûler dans des cassolettes.
Les aromates servaient aussi aux devins pour lire l’avenir et combattre les mauvais sorts.
Dans le papyrus gréco-égyptien du Musée britannique qui fut traduit par Godwin, nous lisons ceci : « Placez un scarabée sur une table recouverte d’un linge de lin pur et quelques branches d’olivier ; mettez au milieu de cette table un encensoir et offrez de la myrrhe et du Kyphi, etc. »
Le magicien ou sorcier d’alors devait être, au préalable, préparé en enduisant son corps d’onguents et d’huiles aromatiques, et prononcer des paroles mystiques en se tournant vers l’Orient.
Ces aromates furent utilisés lors des cérémonies funéraires comme le prouvent les stèles retrouvées dans les tombeaux des rois, les mastabas des dignitaires et des riches négociants.
Je ne reviens pas sur ces détails que j’ai mentionnés dans la première partie de cette étude.
Dans le Bulletin de l'Institut égyptien, publié en 1874, nous lisons que les Egyptiens portaient, le jour de l’enterrement d’un des leurs, des vases en terre cuite contenant, outre le lait, le vin et le miel, des parfums, de l’encens et des aromates devant servir soit à oindre le mort, soit à préparer les fumigations rituelles.
On ornait, en outre, le sarcophage et parfois même le corps du défunt, de couronnes mortuaires que Schweinfurth examina au point de vue botanique.
Il détermina que les guirlandes d’Amenhopten étaient formées de feuilles de saule d’Alcea et de fleurs dénommées Tortman, par les Arabes, tandis que celles de la princesse Nzi Khouson étaient formées de feuilles de Salix Safsaf, de fleurs de Gentaurea depressa et de Papaver Rhoeas.
Des études furent faites également pour spécifier le nom des fleurs composant les guirlandes de quelques tombeaux de Thèbes, notamment celles de Ramsès II.
Je ne crois pas nécessaire d’entrer dans plus de détails en vous nommant des fleurs aux noms inconnus et, un peu durs pour nos oreilles.
J’espère avoir suffisamment prouvé que les anciens Egyptiens utilisaient de plusieurs manières les huiles aromatiques et les aromates qui, à l’origine, étaient réservés à l’usage des temples.
L’Egypte fut, pendant bien des siècles, la place marchande d’où s’exportaient les parfums ainsi préparés, tandis que Babylone fut l’entrepôt des résines, des épices et des végétaux odoriférants.
Elle recevait ses épices de l’Inde et du golfe Persique, ses gommes odoriférantes de l’Arabie, ses baumes de la Judée.
Hérodote nous rapporte que les Chaldéens, les Babyloniens, les Grecs se parfumaient et oignaient leurs corps à l’aide de parfums égyptiens, que les Assyriens les appréciaient aussi, témoin les nombreuses cassettes à parfums conservées au Musée Britannique.
Dans son ouvrage « Introduction à l’étude de la chimie des Anciens », le professeur Bertholet indique, se basant sur le Papyrus W., que les Egyptiens consacraient des parfums déterminés à certaines divinités.
Tel le Styrax à Saturne, le Malabathrum à Jupiter, le Costus à Mars, l’encens au Soleil, le nard indien à Vénus, la casse à Hermès, la myrrhe à la Lune.
Ils divisaient même les fleurs en sept grands groupes : la marjolaine, le lys, le lotus, l’eriphyllium (renoncule ?), le narcisse, la violette blanche, la rose qui, toutes, ayant des propriétés aromatiques, rentraient dans la préparation des parfums.
Ceux-ci étaient divisés en deux grandes catégories :
1° Les parfums secs ;
2° Les parfums liquides.
Plusieurs recettes nous furent transmises par les auteurs grecs ou latins.
Voici, selon le docteur Berendes, la formule de la préparation du Kyphi, tel qu’il la traduisit d’après le papyrus d’Ebers :