Vaincre le destin
*Par Durville* (L'idéal - L'art de réussir - Pour être heureux)
1. L’idéal
Le Destin (du verbe destiner) est, selon les fatalistes, l'enchaînement nécessaire et inévitable des événements qui se succèdent sans interruption.
D'après les anciens, le Destin donne à chaque individu, au moment de sa naissance, la part de bien ou de mal qui lui revient, sans changement possible. Ses conditions étaient réglées d'avance par les grandes divinités. Celles-ci, presque impuissantes à modifier sa marche et ses manifestations, le subissaient aussi dans une certaine mesure : « Zeus lui- même était soumis au destin. »
C'est la personnification de la destinée qui, aujourd'hui encore, selon la croyance populaire, soumet non seulement l'homme à la fatalité, mais la nature entière.
Le Destin, qui est impitoyable pour la plante, l'animal et l'homme inférieur, n'existe presque plus pour l'homme supérieur qui, en apprenant peu à peu à dominer et à diriger les événements, a su conquérir l'empire de la nature.
Les premiers, sans cesse ballotés par les circonstances les plus diverses et, même, les plus opposées, incapables de prévoir et de résister, peuvent être et sont souvent précipités fatalement, au gré de ce que l'on appelle improprement le hasard, sur les récifs de la vie, où ils se brisent, comme un navire désemparé sur les rochers où le jette la tempête. Mais dès que l'homme a appris à prévoir quelques événements, il diminue, déjà, les effets de la fatalité ; et lorsqu'il dirige sérieusement son Évolution, il commence à prendre une place spéciale dans la nature. Au lieu d'être le jouet, des événements, il les dirige dans une certaine mesure. Dans tous les cas, même sans s'en rendre compte, il attire naturellement à lui les bonnes choses de la vie et repousse les mauvaises. Au lieu d'être dominé par les forces brutales de la nature, c'est lui qui commence à les dominer et à les soumettre.
Le Hasard n'existe pas ; c'est un mot qui n'exprime que la somme de notre ignorance. Tout effet à une cause ; et, même avec les connaissances bornées que nous possédons, on peut, très souvent, établir celle-ci, car tout s'enchaîne ; le présent est la conséquence naturelle du passé, comme l'avenir, préparé par le présent est sous sa dépendance. Donc, ce n'est ni le Hasard ni le Destin qui nous condamnent à des malheurs qui semblent inévitables, mais c'est bien évidemment notre imperfection, notre imprévoyance, notre méchanceté et tout l'ensemble des fautes et des mauvaises actions que nous avons commises antérieurement.
Cet état de malchance où l'adversité nous frappe à coups redoublés peut être atténué dans un délai relativement court, par la mise en jeu de notre volonté ; et, avec le temps, nous pouvons en détourner le cours presque complètement ; de malheureux que nous sommes, nous pouvons ainsi devenir heureux.
C'est l'énergie jointe aux qualités du caractère qui décident de notre destinée.
L'homme n'a pas été jeté dans la vie sans armes, dit Atkinson. Il a reçu en don la volonté et, par elle, il est le maître de sa destinée. Par elle, il peut la diriger dans tel ou tel sens, la conduire vers tel ou tel but, lui donner telle ou telle signification.
Quels que soient les milieux que l'on considère et les hommes que l'on interroge, cette vérité apparaît universelle.
En affaires, par exemple, ce sont les qualités de l'esprit, les attributs du caractère, les tendances du tempérament qui déterminent le succès. C'est l'énergie, c'est le courage, c'est la confiance, c'est l'ambition, c'est l'obstination qui conduisent l'homme à travers une alternative de succès et de revers, au but final et lui permettent de résister aux circonstances et aux événements. C'est par toutes ces qualités, qui sont éparses en lui et que la volonté rapproche et coordonne, qu'il peut combattre le mal et en triompher (La Force-pensée).
Pour éviter les conséquences de la fatalité qui pèse réellement sur le plus grand nombre d'entre nous, il est indispensable de développer le Magnétisme personnel, en nous soumettant à une bonne hygiène physique et morale et à des exercices appropriés, pour jouir d'une santé aussi parfaite que possible ; en faisant le bien et en évitant le mal ; en étant sages, prévoyants et en sachant, par une volonté active, diriger constamment le courant de nos pensées vers un Idéal susceptible de nous conduire au but que nous voulons atteindre.
L'idéal est ce que l'on a dans l'Idée, ou tout au moins ce qui tient là une place dominante.
Dans les Beaux-Arts, l'Idéal constitue l'image mentale, le modèle intérieur que le peintre et le statuaire se font d'un objet réel, d'après lequel ils dessinent ou sculptent la représentation artificielle de cet objet, tels qu'ils le voient, ou, tout au moins, tel qu'ils le comprennent. Le romancier et l'auteur dramatique se créent un Idéal des personnages qu'ils veulent mettre en action, des caractères qu'ils veulent leur donner et des paysages qu'ils imaginent pour les encadrer. Selon Victor Cousin, l'Idéal, « c'est l'échelle mystérieuse qui fait monter l'Ame du fini à l'infini ».
Pour établir son Idéal sur des bases solides, il faut y penser sérieusement pendant longtemps. Méditer sur les avantages et les inconvénients qu'il présente, pour ne l'accepter que si les premiers l'emportent sur les seconds. D'ailleurs, nos dispositions et nos goûts nous dirigent, presque toujours, vers l'Idéal qui nous convient et que nous pouvons réaliser. Celui-ci étant définitivement accepté, il faut établir un plan d'exécution aussi complet que possible et le suivre, coûte que coûte, sans se laisser décourager par les obstacles que l'on pourrait, rencontrer sur sa route, pour ne voir que le résultat final, c'est- à-dire le but à atteindre.
Les inconvénients de chaque jour, difficiles à prévoir, obligent, toutefois, d'apporter certaines modifications à ce plan, tout au moins dans ses petits détails.
Rien n'est plus désastreux que de s'engager dans une voie et de la quitter pour en suivre une autre, c'est-à-dire d'abandonner son plan, car on perd un temps considérable et une somme formidable de travail qui conduisent, presque fatalement, à l'insuccès. En voici la raison :
Un architecte, chargé de construire un édifice pour un usage déterminé, établit, d'abord, dans son intellect, un plan très détaillé ; puis, par le dessin, il reproduit ce plan sur plusieurs feuilles de papier. Ces deux plans, intellectuel et physique, sont en même temps, sans qu'il s'en doute, édifiés en un seul dans l'invisible par ses pensées. Ce dernier est plus qu'un plan, c'est un véritable édifice construit avec de la matière astrale qui est aussi réelle que la pierre, le sable et la chaux qu'il emploiera, bientôt, pour exécuter son plan physique.
Ainsi, le monument astral est édifié avant le monument physique. Le premier est plus que le modèle du second ; c'est son « double », existant par lui-même, animé, vivant et exerçant une action directe sur la construction de celui-ci. L'édifice astral, visible pour les hauts sensitifs, est devenu l'Ame de l'édifice physique.
Or, si le plan d'exécution est modifié dans ses grandes lignes, l'édifice astral, en grande partie renversé, ne sera reconstruit qu'avec de longs et pénibles efforts, car son Ame, créée par la Pensée constructive de l'architecte établissant son premier plan, agit sur lui sous forme de puissantes incitations, qui, contrarient, pendant longtemps, l'établissement du second plan. C'est même pour cela que, parfois, ne parvenant pas à l'achever, il revient au premier qui, finalement, lui paraît préférable. Tous les psychistes sont parfaitement d'accord sur ce point.
En effet, on dit constamment que « l'on revient toujours à sa première idée » ; et cela est presque toujours vrai. En voici la raison : l'idée, bonne ou mauvaise, que nous avons eue a été fixée dans notre intellect par nos pensées. Cette idée, simple d'abord, en a attiré d'autres semblables ; et, ainsi fortifiée, comme une véritable suggestion étrangère, elle ne cesse pas un seul instant d'agir sur nous.
Il n'y a pas deux individus qui puissent avoir le même Idéal, car si le but visé est à peu près le même pour tous, il présente des aspects différents pour chacun. Ce but peut être représenté par une montagne éloignée, couronnée de plusieurs sommets dont l'un constitue le véritable but de l'un d'entre nous, tandis qu'un autre le sera pour un second ou un troisième. Ensuite, la réalisation n'est pas la même pour tous, car ils ne suivront pas la même voie pour arriver au même sommet.